Je ne prends plus vraiment le temps d'écrire, peu être par superstition, comme si apposer ces quelques mots pouvait avoir encore quelques conséquences plus désastreuses que par le passé, comme si ouvrir son cœur ne pouvait mener à autre destination que celle où il sera piqué à vif. Puisqu'au final, la vie n'est faite que d'éphémères attachements illusoires, parce que l'on ne peut ni voir ni sentir ce phénomène, mais qu'il est pourtant bien présent, et que chaque seconde après sa décadence nous rappelle que vivre est avant tout souffrir, parce que ce sentiment varie au gré du temps et conditionne la météo de notre moral, et pour bien d'autres raisons encore, je me pose aujourd'hui la question de savoir en quoi nous sommes si dépendants des autres pour mener à bien notre existence, en ayant droit à une once de bonheur et de sourire.
Pourquoi nous avoir conçu de la sorte, enchaîné au reste du monde, condamné à vivre dans un système sociétaire où l'autarcie est une utopie indéfendable et criminel, où penser à tenter d'être heureux seul est perçu comme un présage temporaire d'un profond mal-être intérieur. Et pourquoi laisser ce saignement discontinu poursuivre son chemin, comme s'il était une fatalité que de devoir souffrir pendant un laps de temps imparti, comme si cela était quantifiable, comme s'il fallait un cotât pour espérer pouvoir y mettre un terme. Tout ceci lorsque l'on sait que ce n'est qu'une information interprétée par notre cerveau, qui décide de son propre chef qu'il est trop tôt pour soulager ou non l'âme qui le transporte, et l'instruit. Comment comprendre et accepter un tel paradoxe, pourquoi cette partie de notre être s'acharne à générer et entretenir le mal de son hôte, pourquoi faire durer un supplice lorsqu'on a la possibilité de rompre le lien unissant réalité et ressenti, ce simple lien qui à lui seul peut nous offrir ou nous arracher notre goût de la vie.
Tant de contradictions pour une même âme, la rendant incapable du moindre recul pour apprécier son vécu et en tirer les conclusions, paralysée par le flux de la vie, l'entrainant dans un sens dans lequel elle se refuse d'aller, ne supportant pas de subir et de ne plus être à présent aux commandes de sa vie, comme s'il n'y avait qu'une seule issue possible, mais qu'elle n'ait pas la liberté de choisir si oui ou non, elle veut l'emprunter. Puisque la non-action est encore préférable à l'erreur, peu être est-il plus sage de ne rien faire plutôt que de prendre une décision à la hâte, sous prétexte que cette dernière est préconisée par le reste du monde dans la présente situation , il est probablement davantage réfléchi de ne pas ouvrir cette échappatoire finale, mais de patienter devant elle, comme si cette porte allait s'ouvrir un jour d'elle-même, pour nous dire qu'il est temps d'y aller.
Peu être ce jour n'aurai-je plus ce sentiment de nager à contre-courant.